Yves NICOLIN se confie

Interview du progrès du 31 Janvier 2013

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Yves Nicolin : un livre et tout un programme avec 2014 dans le viseur

Bilan et perspectives. Dans « Engagé volontaire », livre d’entretiens à paraître aujourd’hui aux éditions Fil Rouge, le député UMP de la 5e circonscription depuis 1993 revient sur son parcours politique entamé en 1989. Il parle aussi de lui et de son ambition de reconquérir la mairie de Roanne.

Pourquoi ce livre ? L’envie de dresser un bilan à l’ap- proche de la cinquantaine ?
J’ai trouvé que c’était le bon moment. J’entame mon cinquième mandat de député, les municipales approchent. Des questions se posaient, c’est une manière d’apporter des réponses. Je ne me vois pas battre en retraite et rester seulement parlementaire après avoir été battu en 2008. Je veux la Ville de Roanne. Nous étions sur le point de gagner la bataille de l’emploi, et j’ai le sentiment qu’aujourd’hui tout est à reprendre. Les orientations actuelles ne sont pas suffisamment dynamiques.
Dans ce livre, il y a un historique, des perspectives, il ressemble à un programme. Lors du prochain mandat, nous devrons tout miser sur l’économie, la prospection d’entreprises, pour créer des emplois.
Homme politique, c’était une vocation ?
J’ai été sensibilisé à la chose publique très jeune. Des rencontres m’ont ensuite donné envie de m’investir. Je suis né dans cette région et j’ai toujours eu envie d’en être un acteur. J’ai toujours eu la volonté de faire avancer la ville et l’agglomération. Faire de la politique ce n’est pas facile ; on gagne, on perd. On peut aussi se faire cracher dessus. Prenez la nouvelle intercommunalité, ce peut être un outil de développement pour tout l’arrondissement. Pour moi, le schéma idéal était à l’échelle de l’arrondissement avec la fusion des six communes du Grand Roanne, pour pouvoir aider notamment les communes rurales qui ont moins de moyens.
Pourtant vous êtes absent du Roannais Agglomération. N’était-ce pas la place du député ?
Si mais je ne veux pas y être à n’importe quel prix. J’avais promis à deux élus qu’ils siégeraient, je les ai protégés. Nous devions avoir trois postes, et Jean-François Vial a été élu à l’issue d’une manœuvre. C’est la première fois que la majorité se permet d’arbitrer les candidatures de l’opposition. Je n’y suis pas parce qu’on ne voulait pas. C’est regrettable mais cela ne m’empêchera pas d’apporter ma pierre à l’agglo.
Avec le projet de revenir en tant que maire de Roanne ?
Oui, avec une équipe nouvelle. Et avec un projet en plusieurs points, fédérateur pour le territoire.
En politique, la première victoire reste la plus belle ?
En 1993, je gagne et je deviens conseiller général de Roanne-Nord. C’était la très belle récompense d’un travail acharné, d’une campagne de proximité comme celle menée par Laure Déroche en 2008. Député, pour moi, c’était une suite logique. C’était plus chaud en 1997, avec le retour de la gauche, mais je sauve ma peau.
Votre défaite aux municipales 2008 vous a-t-elle marqué ?
Nous l’avons ressenti comme une injustice. Après analyse, c’est une défaite logique, presque méritée. J’avais négligé la présence sur le terrain pour privilégier l’avancement des dossiers. C’était un pêché d’orgueil, nous avons considéré que ce que nous avions fait suffirait à nous faire reconnaître. La leçon à retenir est qu’il faut toujours se présenter en challenger.
On vous a longtemps pré-senté comme le fils spiri-tuel de Pascal Clément. Vous le revendiquez ?
Oui. En politique, on peut aussi nouer des relations sincères et durables. Pascal Clément m’a aidé, il a eu l’intelligence de faire émerger d’autres personnes.
Quels autres hommes poli-tiques vous ont marqué ?
Raymond Barre, Gérard Longuet et Jean-Pierre Raffarin qui m’a permis de pouvoir faire de l’adoption un vrai enjeu national.
Le mariage pour tous ?
Je suis contre. L’État est là pour mener des politiques fiscale, sociale ou familiale dans l’intérêt supérieur de la nation pour augmenter la démographie. Pas pour faire plaisir aux gens. Là, l’objet est de mettre sur un pied d’égalité couples hétéros et couple homosexuels. Ce n’est pas la même finalité, un couple homosexuel ne procréera jamais. Les orientations sexuelles dépendent de la sphère privée.
Vous étiez déjà contre le Pacs.
Je n’ai jamais été pour le Pacs. Mais autant l’améliorer plutôt que d’arriver au mariage dont beaucoup de couples homosexuels ne veulent pas, d’ailleurs.
Comment voyez-vous l’avenir du Roannais ?
L’un des principaux combats est celui des transports, en particulier avec la LGV. Il va y avoir un gros lobbying de la SNCF auprès de l’État pour que le projet aboutisse. En tant que parlementaire, c’est un gros combat à mener. À Paris, il est plus facile de rencontrer des décideurs politiques ou industriels.
Votre avis sur le cumul des mandats ?
Les réalités ne sont pas les mêmes à Bordeaux ou à Arcon. Si je n’avais pas été maire et député, je n’aurais jamais obtenu autant d’aides pour Roanne. Laissez-nous cumuler pour être utile au territoire et plafonnez les indemnités.
Certains vous reprochent d’être un « pro » de la politique.
Ceux qui le disent sont les critiques habituels. Les électeurs me font plutôt confiance, non ?
Ce livre est-il aussi l’occa-sion de casser l’image que les gens ont de vous ?
Oui. On me rapportait que j’étais froid, distant, prétentieux. Ce n’est pas moi. En lisant ce livre, les gens le découvriront. Cette soirée au Scarabée, où l’on rassemble près de 3 000 personnes, sert aussi à ça. Les gens pourront me voir, m’entendre, me côtoyer. Beaucoup disaient après : « On ne le voyait pas comme ça ».