L’occasion ratée de révolutionner l’éducation

L’Education nationale ne peut plus être captive de cette pensée unique

image gauche

L’occasion ratée de révolutionner l’éducation

 

Depuis des décennies, enseignants, parents et élèves subissent avec lassitude réformes inachevées et circulaires contradictoires. Certaines vont dans le bon sens et posent quelques bases pour changer l’Education nationale. La plupart ne fait que coller des rustines sur les faillites du système. Les mesures s’entassent, les annonces se multiplient, les ministres passent ; l’Ecole reste, avec ses réussites mais aussi avec ses échecs. L’examen du texte de la « refondation », qui commence ce mardi dans l’hémicycle, est une nouvelle occasion manquée de révolutionner l’Ecole.

Vincent Peillon avait pourtant une chance : du « sérail », enseignant, de gauche, « intellectuel » de surcroît, il aurait pu se servir de ces leviers pour proposer une véritable refondation. C’est raté. Sa vaste "consultation" n’a été qu’un artifice cosmétique qui s’est arrêté au prêt-à-penser idéologique des syndicats. En colère, les enseignants se sont sentis pris de haut. Frustrés, les parents d’élèves ont le sentiment d’avoir été tenus à l’écart.

Les lacunes sont pourtant flagrantes : la dépense d’éducation de la France est conforme aux moyennes de l’OCDE, mais ses résultats décevants. A la rentrée 2011, il y avait 550 000 élèves de moins qu’en 1990, pour 35 000 professeurs de plus. Malgré cela, un élève sur cinq sort du CM2 sans maîtriser la lecture et l’écriture ; 120 000 élèves décrochent chaque année du système sans diplôme ; la France décroche dans les classements internationaux. Pire, l’Ecole consolide les inégalités sociales : nous sommes sur le podium des pays où le milieu familial pèse le plus sur les résultats scolaires ! Seule une minorité, toujours la même, réussit ; les autres sont livrés à eux-mêmes.

La réalité est que nous passons plus de temps à inventer des dispositifs et à dépenser de l’argent pour tenter de réparer les échecs de l’Ecole que pour la réformer vraiment. Nous ne posons jamais la vraies questions, pourtant simples : pourquoi un tel décrochage entre moyens et résultats ? Qu’est ce qui ne fonctionne pas ?

Une première réponse, donnée par le Ministre actuel, se résume grossièrement à cette position : « c’est la droite qui a cassé l’Ecole, je vais réparer tout cela en ajoutant quelques enseignants de plus et un peu de « morale civique », en enrobant le tout dans une «concertation nationale». Cela marchera car mes intentions sont bonnes: je suis de gauche ».

Puisqu’elle considère que les échecs sont extérieurs à la Rue de Grenelle, la loi n’a pas l’ambition de réformer l’Ecole, à peine de la rafistoler. Elle n’aborde donc aucun des vrais enjeux. Il n’est nullement question de revoir l’allocation des moyens en faveur de l’école primaire ou au profit des enseignants les plus méritants; pas question de mettre en œuvre les cycles d’enseignement pour s’adapter aux élèves ; pas question d’encourager les chefs d’établissements à piloter leurs projets en fonction de leurs besoins ; pas question d’évaluer les équipes de façon indépendante tout en les associant à la définition de leurs objectifs… Bien sûr, il n’y a pas un mot sur le collège unique, sur l’orientation ou sur l’apprentissage. Doctrinaire, Vincent Peillon se fait prisonnier d’une vision purement quantitative et corporatiste de l’Ecole.

La seconde réponse est qualitative. Elle affirme que l’Ecole a besoin d’une révolution structurelle. Nous sommes capables de redonner vie à l’Ecole, au lieu de la maintenir sous perfusion : en passant d’une gestion centralisée à une gestion de proximité, en réallouant les moyens, en revalorisant les salaires des enseignants en fonction de leur travail, en sortant de la structure « une classe – une année – un programme » pour travailler par groupe de niveau ou de compétence.

Cette révolution est nécessaire. Lorsqu’elle essaie de le dire, la droite se heurte à des critiques immuables. Au moins, elle, ne peut-elle être soupçonnée de vouloir satisfaire un électorat ! Il lui appartient de poser avec franchise les vraies questions sur l’Ecole, son fonctionnement, le travail des enseignants, les méthodes de transmission du savoir, le respect de l’autorité ou le rôle des parents. Il lui revient de faire écho à cette petite musique en faveur d’un vrai changement qui commence à se faire entendre sur le terrain, bien loin des corporatismes arc-boutés de ceux qui prétendent défendre les élèves là où ils ne protègent qu’eux-mêmes. Parmi les enseignants et notamment les plus jeunes, l’exaspération gronde face ces syndicats qui sont craints plus qu’ils ne sont respectés et qui ne portent plus la parole du terrain.

L’Education nationale ne peut plus être captive de cette pensée unique. Contre les porte-paroles officiels d’un système en échec, réinventons l’Ecole !