Les vœux de Hollande dans la tourmente

Article du Figaro 31 Décembre 2012

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La censure de la taxe de 75 % par les Sages constitue un nouveau coup dur pour l'exécutif.

L'année 2012 se termine par un camouflet. Et pour 2013, il n'a rien de bon à annoncer. Les temps sont durs pour François Hollande, qui prononce lundi soir à 20 heures ses premiers vœux de président de la République aux Français. Une intervention placée sous le signe de la crise pour le président de la République, alors que sa parole est jour après jour mise à mal. Selon un sondage BVA pour ­i-Télé diffusé vendredi, 40 % des Français jugent que Nicolas Sarkozy était plus efficace que son successeur. Un comble pour le chef de l'État, qui a dû en partie son élection à l'antisarkozysme.

Seule consolation, le chef de l'État est considéré plus juste que son prédécesseur (35 % contre 33 %). Mais c'était avant l'annulation, samedi par le Conseil constitutionnel, de la taxation à 75 % des revenus au-delà d'un million d'euros par an, la mesure censée incarner l'équilibre de sa politique et qui fut l'un des marqueurs forts de sa campagne pour la gauche sur le thème: faire payer les riches.

L'allocution de lundi soir, pendant une dizaine de minutes, sera axée sur la lutte contre le chômage, après les nouveaux mauvais chiffres de la semaine écoulée, mais elle ne suffira pas à François Hollande pour reprendre la main. Depuis quelques jours déjà, il s'y emploie. Jeudi dernier à l'aube, il était au marché de Rungis, près de Paris, pour lancer «la grande bataille pour l'emploi» dans un style qui n'était pas sans rappeler Nicolas Sarkozy et «la France qui se lève tôt». Pour montrer qu'il est au travail, le chef de l'État se rendra lundi après ses vœux auprès de Français qui souffrent, tandis que son premier ministre Jean-Marc Ayrault participera à un «réveillon solidaire». Samedi prochain, il sera sur les terres de Pierre Mendès France, à Louviers (Eure), pour faire l'éloge de la vérité en politique.

Crédibilité menacée

Le chef de l'État doit redresser la barre. Il y a urgence. Si la décision des Sages rejetant la super taxe à 75 % est sans grande conséquence pour l'équilibre des comptes publics , elle risque de coûter cher en termes de crédibilité. Et cela même si l'entourage du président a dédramatisé en assurant qu'il était resté «serein» après ce coup dur. Ce n'est qu'un «contretemps», dit-on à l'Élysée: la mesure sera représentée autrement dans la prochaine loi de finances. Bref, elle ne serait que reportée. «C'est arrivé à d'autres gouvernements, relativise le député d'Indre-et-Loire Laurent Baumel, ce n'est pas comme si François Hollande avait renié son symbole.»«En persistant et en signant face aux Sages de droite du Conseil constitutionnel, François Hollande affirme ses convictions de gauche», tente d'expliquer le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis.

Face à la tempête, la majorité est priée de faire bloc même si l'ambiance est «morose». En privé, les critiques fusent. Les plus à gauche digèrent mal l'orientation du gouvernement: hausse de la TVA, crédit d'impôt aux entreprises, réduction de la dépense publique, hausse dérisoire du smic… Les autres s'alarment de l'amateurisme de l'équipe, notamment celle du premier ministre. Au sein du gouvernement, certains trouvent que le directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault, Christophe Chantepy, «manque de poids». Quelques-uns enfin, sous couvert d'anonymat, ne regretteront pas la censure de la taxe pour les plus riches, à laquelle ils ne croyaient pas. «Pendant la campagne, quand j'ai demandé comment on comptait faire, on m'a répondu qu'on verrait après l'élection», raconte même un élu…


Un nouveau texte fin 2013

Au gouvernement, on est formel: «Nous ne renonçons pas», déclare le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici, dans une interview au JDD.«Nous prenons en compte, ajoute-t-il, les principes définis par le Conseil constitutionnel et nous reviendrons en 2013 avec une mesure capable de mettre  en œuvre cette philosophie.»

Dès samedi, quelques heures  après la décision des Sages du Palais-Royal, le premier ministre avait donné le ton de la contre-attaque, parlant de «censure symbolique mais pas sévère» et jugeant que la taxation des revenus à 75 % était «supprimée temporairement». Afin de respecter la décision du Conseil mais aussi «les engagements présidentiels», Jean-Marc Ayrault a assuré qu'il fallait «trouver un mécanisme  qui permette le prélèvement». En prenant le temps: la nouvelle mouture du texte n'interviendra, si elle voit le jour, que pour le budget 2014, et s'appliquera donc aux revenus de 2013.