Qu’un ancien ministre socialiste fasse l’éloge d’un Président de droite encore en fonction, c’est assez rare pour qu’on prenne le temps d’y prêter attention ! Claude Allègre, Ministre de l’Education Nationale sous Lionel Jospin de 1997 à 2000, et célèbre pourfendeur du « mammouth », s’est penché dans son dernier livre, Sarko ou le complexe de Zorro (Plon) sorti le 19 janvier dernier, sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy, avec un regard critique mais approbateur.
A la lecture de cet ouvrage, il est évident que Claude Allègre prend un plaisir certain à comparer le Président de la République à Zorro. Du justicier masqué au service des plus faibles, comme de Nicolas Sarkozy, il écrit que leurs principaux atouts sont « le courage, l’adresse, le sens de l’astuce, et surtout la rapidité dans [les] prises de décision ». Mais sa réflexion ne s’arrête pas à la surface de cette comparaison car, de la stratégie de Nicolas Sarkozy, il pense qu’elle s’est révélée « adaptée » et « très payante » au début de son mandat.
Cependant, si Claude Allègre loue la capacité du chef de l’Etat à « faire passer une loi », « réformer des institutions » ou « désamorcer les crises internationales », il juge que Nicolas Sarkozy a buté sur le conservatisme de l’opinion publique quand il a fallu mener « des réformes lentes et forcément profondes » qui demandent un long effort de pédagogie.
Etrillant le « sectarisme étroit du PS, qui a voté contre ces mesures », Claude Allègre célèbre les réformes institutionnelles menées à bien, comme la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels, ou la nomination d’un membre de l’opposition à la tête de la Cour des Comptes. Tout en affirmant qu’il y a eu des « échecs », il va même jusqu’à écorner l’intouchable icône mitterrandienne : « Mitterrand […] n’aurait pris de pareilles dispositions » pour réformer la France. C’est toute la gauche qui doit s’étouffer de voir ainsi relégué en fond de court son unique référent présidentiel.
Claude Allègre, ce socialiste pur jus, fidèle de Lionel Jospin, a profité du recul des années pour évaluer avec honnêteté l’action et le bilan d’un Président qui a su saisir les problèmes à bras le corps et défendre efficacement les intérêts de la France et des Français. Peut-être faudrait-il recommander cette lecture à certains socialistes de mauvaise foi ?